Stratégie Développement durable

En raison des changements de comportement des visiteurs et de la prise de conscience des professionnels du monde du tourisme, Paris Île-de-France, première destination touristique au monde, se doit d’intégrer une démarche de développement durable urbain, notamment à travers son Schéma régional du tourisme et des loisirs 2011/2016.

Faire de la destination Paris Île-de-France une référence internationale en matière de développement durable

La stratégie développement durable du Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France  (pdf - 62,59 kB)

Avec plus de 30 millions de visiteurs par an, 300 000 emplois directs et autant d’indirects dans les activités caractéristiques du tourisme et 10 % du PIB de la Région, le tourisme est l’un des secteurs d’activité les plus importants et les plus dynamiques de l’Île-de-France.
 
La volonté de faire de Paris Île-de-France une référence internationale en matière de développement durable du tourisme s’inscrit dans l’ambition générale de l’Île-de-France de devenir la première Eco-région d’Europe. Engager la conversion écologique et sociale du tourisme devient ainsi un enjeu majeur de la stratégie touristique régionale, exprimé, notamment, dans le cadre du Schéma régional 2011/2016. Organisme associé, missionné pour la mise en oeuvre de la politique régionale, le Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France est chargé d’assurer une déclinaison cohérente de l’intervention publique dans le secteur touristique.
 
Faire le choix du développement durable se traduit par des orientations stratégiques fortes au niveau de la politique touristique régionale : ainsi, faire le choix de privilégier les actions de promotion et de communication en direction des marchés de proximité permet d’agir en cohérence avec la philosophie du développement durable.
 
Presque 25 ans après la publication du rapport Brundtland (1987) posant les fondations du concept, l’enjeu principal consiste à sortir la thématique du développement durable de son stade de « discours », en la faisant entrer sur le terrain de la concrétisation. Donner une suite opérationnelle à la réflexion engagée depuis une dizaine d’années devient un enjeu primordial permettant d’assurer la crédibilité de la démarche auprès des professionnels, notamment et surtout dans un secteur économique aussi hétérogène que le tourisme.
 
 
Ces deux études montrent d’un côté que bien que certaines destinations touristiques d’envergure, se situant surtout au Nord de l’Europe, investissent la thématique du développement durable du tourisme, aucune ne l’érige pour autant en axe stratégique majeure. Une deuxième tendance se dessine, notamment en France, autour des « éco destinations » : ainsi, de nombreux territoires français interprètent le développement durable en le réduisant aux seules préoccupations environnementales. Or la problématique durable peut et, à notre sens, doit aller bien au-delà de la réflexion et des actions menées autour des « éco destinations ». Celle-ci doit également comporter une forte orientation sociale/sociétale, axée, notamment, sur les métiers et les emplois.
 

Or faire la distinction entre les deux démarches nous semble essentiel pour mieux comprendre l’approche durable du tourisme. L’écotourisme ne représente qu’une facette (certes importante et facile à identifier, offrant ainsi un terrain plus facilement exploitable du point de vue du marketing) du développement durable du tourisme, qui est, lui, une approche transversale et globale. Le développement durable du tourisme vise l’ensemble de l’industrie touristique : si la composante environnementale y est fortement représentée, il intègre également la notion du patrimoine culturel et architectural en zone urbaine. Il préconise une modification des comportements (des touristes mais aussi et surtout ceux de tous les acteurs professionnels, publics et privés). La problématique qu’il pose est donc plus large que celle de l’écotourisme. Néanmoins il ne s’agit en aucun cas d’opposer cette démarche à la rentabilité économique qui représente l’un des trois piliers de la durabilité. Concilier le profit économique, la protection du patrimoine et le développement social, tout en plaçant l’Homme au centre du processus – telle est la philosophie générale du développement durable. Il ne s’agit donc pas de développer un nouveau type d’offres touristiques s’adressant principalement à une élite. Bien au contraire, nous devons sortir le développement durable du tourisme de la marge, en nous adressant à l’ensemble des acteurs et des consommateurs et en le traduisant en actions concrètes.
 
Aujourd’hui force est de constater donc qu’il n’existe pas de véritable stratégie de développement durable du tourisme structurée au niveau des destinations urbaines. Première destination mondiale, Paris Île-de-France se positionne pour relever le défi de tracer des perspectives « durables » à la hauteur des ambitions et des enjeux qu’elle représente. Il s’agit là également de nuancer quelque peu le tableau, en équilibrant en quelque sorte la perception générale qui consiste à considérer les destinations du Nord comme étant exemplaires en matière de développement durable. Si l’étude de Benchmarking européen démontre en effet une prise de conscience plus précoce de certaines destinations du Nord de l’Europe en la matière, finalement aucune n’est véritablement exemplaire sur le plan d’une stratégie touristique spécifique et structurée. S’il est possible d’identifier un certain nombre de bonnes pratiques en matière de développement durable du tourisme dans des destinations urbaines, le sentiment demeure que cette question n’a jamais véritablement été abordée dans toute sa complexité.

En affichant un positionnement volontaire sur cette thématique, le Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France trace des perspectives permettant de structurer la réflexion et les actions « durables » de la première destination. Etant donné qu’il n’existe donc pas de véritable expérience de développement durable du tourisme urbain structurée, il s’avère parfois nécessaire d’inventer des actions, ce qui n’empêche bien évidemment pas de s’inspirer des bonnes pratiques déjà existantes. Cette volonté du Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France par rapport à la thématique du développement durable se traduit depuis quelque temps en actions concrètes. Ainsi, le 9 février dernier ont eu lieu, au musée du Quai Branly, les Premières rencontres sur le développement durable du tourisme urbain.2 Lors de cet événement, le CRT a annoncé aux trois cent cinquante professionnels présents les actions qu’il souhaite engager avec eux, permettant de les accompagner dans leurs démarches en faveur du développement durable, et donc de la qualité globale de la destination. Deux champs d’actions majeurs ont ainsi été identifiés : un premier consiste à réaliser un diagnostic relatif, notamment, aux émissions de gaz à effet de serre relevant des activités touristiques en Île-de-France, qui s’inscrit dans une étude plus globale sur l’avenir du tourisme à la destination, et un deuxième constitué par un dispositif d’accompagnement des professionnels.

Étude de prospective sur l’avenir du tourisme francilien, incluant un Bilan Carbone® :

Nous l’avons vu, le tourisme francilien représente un enjeu particulier au regard de son importance économique, ce qui implique de facto de considérer ses impacts en termes d’émissions de gaz à effet de serre, dont l’importance est déterminée par l’usage massif du transport aérien. Il s’agit également de considérer la vulnérabilité de ces activités économiques au regard de l’évolution des prix de l’énergie et des aléas climatiques.
 
Selon le Plan Régional pour le Climat, en cours d’élaboration, les émissions directes de gaz à effet de serre en Île-de-France sont estimées à 57.7 millions de tonne-équivalent dioxyde de carbone par an (MteqCO2/an) en 2005. Ce bilan inclut les émissions liées aux activités aéroportuaires sans la prise en compte ni de l’origine ni de la destination des vols. En incluant la totalité des activités des Franciliens, des visiteurs et du hub, ce bilan passe à 122.7MteqCO2/an. Une première analyse du bilan des visiteurs en cumulant les émissions directes et indirectes fait apparaître une contribution des visiteurs de 42MteqCO2/an, soit près de 35% du total. A lui seul, le secteur aérien représente 35MteqCO2/an, soit près de 29% du bilan global des émissions d’Île-de-France.
 
Le secteur du tourisme ne peut donc pas être absent d’une démarche de planification sur le climat. Au regard des compétences régionales, cette problématique nécessite un traitement spécifique. C’est pourquoi le Conseil régional a confié au CRT une réflexion de prospective sur l’avenir de l’activité du secteur touristique en Île-de-France dans le cadre du Plan Régional pour le Climat. Ces travaux seront également versés au volet climat du Schéma Régional Climat Air Energie (SRCAE), et s’inscrivent dans le cadre du Schéma Régional du Tourisme et des Loisirs 2011-2016.
 
Il s’agit d’une investigation constituée de deux parties majeures : une première étude opérationnelle relative au bilan des émissions des gaz à effet de serre de l’activité touristique en Île-de-France, complété d’un bilan énergétique. Cette partie diagnostic devrait concerner l’ensemble des segments de la chaîne touristique : déplacements/transports (y compris les arrivées et les départs en avion, ainsi que l’activité aéroportuaire, contrairement aux travaux réalisés par d’autres destinations qui visent à minimiser l’impact de ce mode de transport), hébergement, consommation/restauration, sites musées/monuments, parcs d’attraction, etc. Elle devrait prendre en compte les activités liées au tourisme des visiteurs venus de l’extérieur (France et international), mais également celles de Franciliens, eux-mêmes consommateurs d’activités touristiques à l’occasion. Les deux bilans (carbone et énergétique) devraient également porter sur le tourisme de loisirs ainsi que sur le segment d’affaires. Une deuxième partie sera consacrée à une étude stratégique de prospective sur l’avenir du secteur touristique à Paris Île-de-France, basée, notamment, sur la partie diagnostic établi par les bilans réalisés au préalable. Celle-ci devra tenir compte de la vulnérabilité au changement climatique et à la dépendance des énergies fossiles et fissiles dans un contexte d’évolution à la hausse des cours et dresser des scenarii d’adaptation du secteur dans ce nouveau contexte.

Accompagnement des professionnels : mise en place d’un centre de ressources développement durable : 

La problématique du développement durable fait désormais partie intégrante des préoccupations des entreprises touristiques. Le contexte actuel (la concurrence internationale, les exigences de la clientèle, le durcissement des règlementations européenne et nationale) représentent autant de défis que les professionnels du secteur doivent relever.
Le Comité Régional du Tourisme, à travers son rôle qu’il joue auprès des opérateurs, souhaite contribuer à l’accompagnement des entreprises touristiques dans leur démarche de développement durable. Or, les professionnels ont besoin de l’intervention publique, surtout lorsqu’il s’agit de démarche aussi complexe que le développement durable. Le renforcement de l’engagement « durable » de l’offre touristique ne passera pas par la culpabilisation des opérateurs touristiques, et encore moins par celle des touristes eux-mêmes. En accompagnant les professionnels afin qu’ils intègrent une démarche de développement durable au profit de l’activité touristique de la destination et de son développement via la qualité globale de ses produits, prestations et services, et en les sensibilisant ainsi, les visiteurs seront touchés à leur tour. Car ce n’est pas par la peur mais par la pédagogie que l’adhésion des opérateurs touristiques, ainsi que celle des visiteurs, peut être assurée.
Au delà de la simple intégration des contraintes législatives et règlementaires, le CRT Paris Île-de-France souhaite faire du développement durable un critère qualitatif de l’offre touristique de la destination. La qualité du séjour et l’image d’un territoire sont fortement liées à l’engagement de celui-ci en faveur de la préservation de l’environnement, de l’amélioration des conditions sociales des personnes employées dans le secteur, ainsi que des retombées économiques bénéficiant aux « populations locales ».
Le secteur touristique ne fait pas exception à cette tendance : la politique « durable » avec, en « produit d’appel » la question de la gestion environnementale, fait désormais partie intégrante de la réflexion et des actions engagées par les opérateurs et les promoteurs.

Dans le cadre de l’enquête de Benchmarking européen, les professionnels franciliens ont été interrogés quant à leurs attentes et besoins en matière de développement durable. Ce premier sondage révèle une forte disparité quant à l’implication des acteurs dans le domaine du développement durable et témoigne de trois principaux freins rencontrés : les moyens financiers, le déficit d’information sur le développement durable et le manque de temps.
A l’occasion de cette première enquête, les opérateurs du tourisme franciliens ont, en grande majorité, exprimé leur besoin en termes de recensement de prestataires et d’outils leur permettant d’initier ou de renforcer, le cas échéant, leur démarche en faveur d’une gestion plus « durable » de leurs entreprises.
Une enquête qualitative d’une plus grande envergure, menée auprès de l’ensemble des acteurs touristiques représentatifs de tous les sous-secteurs et segments [hébergement, musées et monuments, activités de loisirs, excursionnistes, autocaristes, taxis, cafés et restaurants, etc..) permettra de répondre au plus près aux attentes et aux besoins exprimés par les opérateurs touristiques eux-mêmes. Afin de bien connaître ces attentes et besoins des acteurs touristiques dont seulement une très petite partie s’engage pour l’instant sur la voie du développement durable (à peine 2% d’établissements hôteliers franciliens arborent un écolabel), une enquête préliminaire sur la thématique précédera le montage du centre de ressources. Cette enquête nous permettra également d’identifier les acteurs les plus « mûrs » ou les plus intéressés par une participation à notre futur dispositif d’accompagnement.

En effet, à l’heure actuelle l’offre sur le marché – allant des prestations en matière de formation, aux travers les diagnostics énergétiques et environnementaux jusqu’aux démarches de labellisation – n’est pas recensée, et elle est encore moins qualifiée. Centraliser les informations relatives aux prestataires et fournisseurs divers et variés, tels que des architectes et des assistants à maîtrise d’ouvrage qualifiés pour accompagner les opérateurs touristiques dans leur démarche d’écoconstruction ou de transformation, ou aux aides financières (publiques et privées), permettrait au tourisme francilien d’engager des actions « durables » d’une manière plus efficace et plus rapide.
A l’heure actuelle, l’offre touristique « durable » à Paris Île-de-France, peut être considérée comme quasiment anecdotique. Les premières actions identifiées par le CRT visent à augmenter la masse critique de l’offre « durable », ce qui permettra, à moyen terme, de pouvoir la promouvoir. Afin d’atteindre un nombre significatif d’établissements engagés dans une démarche de développement durable, le soutien de la part des collectivités territoriales et des institutions en charge du tourisme est indispensable. Les enquêtes menées respectivement en Europe et en France témoignent de l’efficacité des démarches collectives. Fédérer et accompagner les acteurs touristiques de la destination dans leurs démarches entreprises en faveur du développement durable et inciter les autres d’y adhérer représente la clef de voûte de cette stratégie.
A côté des deux principaux chantiers ainsi identifiés, l’étude de prospective sur l’avenir du tourisme francilien incluant un bilan carbone de l’ensemble du secteur d’un côté et la mise en place d’un outil d’aide à l’élaboration d’une offre touristique «durable» sous forme d’un centre de ressources à destination des opérateurs touristiques de l’autre, de nombreuses autres réflexions et actions viendront compléter ces propositions, renforçant le positionnement volontaire de la région et du CRT en matière de développement durable. Ainsi, un travail d’envergure a été initié sur les métiers du tourisme, s’inscrivant, sous forme de volet spécifique, dans le cadre du Schéma régional des formations, adopté par la Région en 2007. Valoriser les métiers de service à travers, notamment, le renforcement de la formation, contribue grandement à l’amélioration de la qualité globale de la destination Paris Île-de-France. Cette stratégie visant à renforcer la qualité des emplois touristiques, ce qui se traduit par des métiers valorisés et des personnels bien formés, s’inscrit également et d’une manière cohérente dans le volet social/sociétal de l’approche touristique durable.
Enfin, le Comité Régional du Tourisme Paris Île-de-France, à travers sa participation relative à la refonte des subventions du Conseil régional en matière de tourisme, apportera également ses réflexions permettant, notamment, l’inscription du principe d’éco conditionnalité dans l’ensemble des aides régionales.
L’avenir de la destination Paris Île-de-France passe incontestablement par l’amélioration permanente de la qualité des prestations et des services touristiques qu’elle délivre auprès de ses visiteurs. Or seule une démarche rigoureuse permettra d’atteindre ce niveau d’excellence. La formation et la fidélisation des salarié-e-s d’un côté et l’intégration des mesures de respect de l’environnement de l’autre constituent les piliers d’une telle démarche.
Le développement durable est le chemin menant à la qualité, l’avenir de la destination Paris Île-de-France.

1 Les résultats des deux enquêtes ont été communiqués aux professionnels du tourisme le 9 février 2011 au musée du Quai Branly.
2 Les actes de cet événement sont disponibles auprès du Pôle Ingénierie-Qualité du CRT.